LE TEMPS DES PUISSANCES | #04 ET SI LE VRAI RISQUE ÉTAIT DE NE PLUS FAIRE L’EFFORT DE PENSER ?
ET SI LE VRAI RISQUE ÉTAIT DE NE PLUS FAIRE L’EFFORT DE PENSER ?
Je voudrais vous proposer une expérience.
La prochaine fois que vous aurez une question à résoudre, n’interrogez pas immédiatement une IA.
Attendez cinq minutes.
Cherchez. Hésitez. Essayez de formuler une réponse. Trompez-vous peut-être.
Puis seulement, interrogez la machine.
Et observez ce qui s’est passé dans votre tête pendant ces cinq minutes.
Car derrière la formidable accélération de l’intelligence artificielle se dessine un enjeu dont nous parlons encore trop peu : que deviennent les facultés humaines que nous cessons progressivement d’exercer ?
Nous savons déjà déléguer notre mémoire au smartphone, notre orientation au GPS, une partie de nos calculs aux machines.
Avec l’IA, nous pouvons désormais déléguer davantage : chercher, résumer, rédiger, comparer, reformuler, argumenter, programmer, parfois décider.
C’est extraordinairement utile.
Mais une question apparaît :
à partir de quel moment l’assistance cognitive devient-elle une substitution cognitive ?
Je me méfie de l’expression « effondrement cognitif » si elle prétend annoncer une catastrophe certaine. Nous n’en sommes pas là.
Mais le risque d’une érosion cognitive par désusage mérite, lui, d’être posé.
Car penser n’est pas seulement obtenir une bonne réponse.
C’est chercher le problème derrière la question. Supporter de ne pas savoir. Confronter des hypothèses. Faire travailler sa mémoire. Détecter une contradiction. Se tromper. Recommencer.
Et parfois découvrir quelque chose que nous ne cherchions pas.
Une réponse parfaite obtenue sans cheminement n’est pas nécessairement un apprentissage.
Voilà pourquoi le véritable enjeu de l’IA ne sera peut-être pas de savoir si elle devient plus intelligente que nous.
Il sera aussi de savoir ce que nous continuerons à exercer de notre propre intelligence lorsqu’elle pourra faire tant de choses à notre place.
C’est ici que commence, pour moi, La Révolte de l’Esprit.
Pas contre l’IA.
Contre la tentation de nous dispenser progressivement de l’effort qui construit notre autonomie.
Et j’aimerais vous poser une vraie question.
Depuis que vous utilisez l’IA, avez-vous le sentiment qu’elle vous fait davantage penser… ou qu’elle pense parfois à votre place ?
Et surtout : quelle faculté humaine refuseriez-vous de lui déléguer ?
Je lirai vos réponses avec beaucoup d’attention.
Thierry Mutin
HUMAIN DEMAIN — LA RÉVOLTE DE L’ESPRITComprendre les mutations. Préserver le sens. Transmettre l’humain.
LE TEMPS DES PUISSANCES | #04






















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